Chroniques d’une mélancolie

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Avec le retour du temps des vacances-congés-payés, du temps disponible de cerveau retrouvé, et la lecture des billets de pmettes adorées auréolées de succès, leur ventre arrondi à l’envi, c’est un peu plus dur.

Juste un peu plus.

Comme un pincement au coeur, une vieille douleur enfouie qui se rappelle à vous les jours de pluie. Rhumatisme sentimental. Fracture archèologique. Je te croyais guérie, me voici douloureusement engourdie ; mais pas assez pour mouiller mes yeux ou retracer sur mes joues les sillons éphémères d’une peine ancienne.

Un souvenir lointain de temps plus heureux, colorés d’un bonheur polaroïd et saturé, le goût de l’insouciance mâtinée d’espoir(s), la vie comme une pomme d’amour qui ne demande qu’à être croquée.

Happy faces, happy places.

Triste et doux à la fois, les souvenirs d’autres fois.

La faute à ces clichés de Loulou, trouvés au hasard d’un cottage irlandais, haut comme trois pommes et des boucles de chérubin ultramarin, les traits emplis de sommeils enfantins, de courses silvestres et d’embruns salés. Son regard d’enfant que rien ne vient encore troubler, son horizon n’allant au-delà des perspectives de la journée, jouets et goûters, genoux couronnés, larmes vite séchées.

Goûter d’anniversaire de ses 6 ans.

Photo avec le Père Noël et Maman.

Les sous-pulls aux couleurs d’une autre décennie, polyester électrisant les chevelures assagies.

Costard de communiant. Pattes d’éléphant.

Cousins d’Amérique. Vacances ibériques.

T-shirts bariolés, ancêtres oubliés.

Papa lui apprenant à conjuguer « Camper », sous l’oeil amusé de Maman, petite hollywoodienne du Bronx, de celles qui fêtèrent un jour leurs 16 ans sur un paquebot pour une Terre de Liberté et d’Abondance. L’expatriation en héritage.

Ses traits familiers retrouvés au détour d’un berceau, de bougies glorieusement soufflées, de courses à vélo effrénées. Sa vie avant moi, quand « nous » n’existait pas, que nos pays étaient étrangers, nos horizons éloignés. A lui la tourbe et l’océan, à moi les étés écrasants.

Un retour en arrière – please be kind rewind – sans pouvoir enclencher la marche avant, le cul sur mon sofa irlandais.

Ma DeLorean a le compteur bloqué sur le passé plus que parfait, le futur simple elle connait pas, le composé n’en parlons pas.

Foutraque mon horloge biologique, privée d’héritier(s).

Déficience généalogique annoncée.

Personne pour un jour feuilleter l’album de ce qui deviendra notre passé, se dire que Maman fut un jour plus jeune, plus brune, plus mince et plus jolie, qu’elle et Papa formait un joli couple sur les photos de leurs étés, parfums atlantiques, tapas romantiques, glaces dévorées, que tu lui ressembles tellement sur ce cliché fâné, que l’ovale de leurs visages étaient encore poupins quand ils se sont rencontrés, qu’ils furent un jour heureux et insouciants,

Comme des enfants,

Que c’était mieux avant.

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19 thoughts on “Chroniques d’une mélancolie

  1. Tes mots sont beaux mais douloureux. Le combat pour l’album photo n’est pas terminé Automne. Je suis désolée que ce soit un peu plus dur, je t’aurais bien dit que je te comprends mais je n’ai jamais vu de telle déferlante de ventres ronds avant ça sur la blogosphère pmesque. Je ne peux que te dire comme je souhaite qu’il en aille de même pour vous. Des bises

    • C’est vrai que les 6 derniers mois ont ete benefiques pour beaucoup des pmettes que je suis et je m’en rejouis sincerement… Toi, Bounty, Cecile, et d’autres encore… Cela redonne espoir et c’est justement la que ce petit pincement au coeur revient…Je t’embrasse (et oh ce matin j’ai mange des scones AVEC de la crème ;))

  2. bonjour, ton dernier paragraphe trouve un malheureux écho chez moi ; j’aimerais pouvoir dire des mots apaisants, mais je ne les ai pas ; que te dire sauf que je partage ta tristesse…

    • Je lis regulierement ton blog meme si je ne commente que rarement (le WIFI reste inconnu des Iles d’Aran 🙂 )… J’etais triste du denouement de cet embryon d’espoir d’un debut d’ete… La vie ne vous epargne pas…J’ai envie de te dire de garder espoir et qu’il y aura, au final, quelqu’un pour s’emouvoir un jour des photos jaunies de papa et maman. Courage.

  3. Bonjour Automne. Quelle belle façon de poser tes sentiments. Tout ça n’est que trop dur a vivre…
    Si un jour tu souhaites boire un verre dans la ville rose en ma compagnie, c’est avec plaisir. Pensées.

    • Oh une copinaute toulousaine 🙂 je ne crois pas connaitre ton blog, j’irais y faire un tour pour decouvrir ton parcours… Nous sommes quelques unes sur Tlse a se retrouver de temps en temps… la prochaine fois je te fais signe, promis… merci pour ton commentaire et a tres vite…

  4. Joli texte… Emouvant et bien écrit. Que te dire à part que j’ai aussi mal et peur à l’idée de ces photos que personne ne regardera, de ces souvenirs de nous que nous ne raconterons peut être à aucun petit qui voudrait savoir comment papa et maman étaient, se sont rencontrés… En plein déménagement, comme tu le sais, je suis retombée aussi sur des photos, des souvenirs, de ma vie d’avant, avant lui, avant la PMA… et sur ces 3.5 ans marquées à jamais quelle que soit l’issue du sceau et du fardeau des essais, des échecs et des espoirs déçus… Bon courage Automne et à bientôt. Bises Apo

    • Coucou toi… je sais combien c’est douloureux pour toi en ce moment… Restez confiants… Je vous souhaite de tout Coeur que cette nouvelle maison soit le joli berceau d’une nouvelle vie a plusieurs. A bientot j’espere avec les miss toulousaines. Des bises.

  5. Tellement contente de te relire.
    Ta plume reconnaissable entre mille me file toujours des frissons, tes articles me laissent sur ma faim comme un bon bouquin qu’on n’a pas envie de fermer… Pourtant punaise, si la forme est excellente, le sens profond de tout cela m’attriste vraiment.
    De toutes, tu fais partie de celles que j’ai hâte hâte hâte de lire heureuse (c’est pas bien de dire cela).
    Je te souhaite sincèrement le meilleur – c’est con-con, je sais – j’espère que prochainement le projet d’étoffer l’album photos sera à nouveau à l’ordre du jour, et puis si ce n’est pas ce projet, alors un autre, qui te redonnera le sourire.
    Je t’embrasse

    • Merci pour ton adorable commentaire qui me touche beaucoup ❤ ❤ ❤ D'autant que c'est toi en disant que mes articles te manquaient qui m'a donné envie de refaire un billet… On se sent parfois plus proches de certaines d'entre nous (et pas seulement parce qu'on partage une passion commune pour Brenda et Dylan 😉 ) et ta grossesse me fait un immense plaisir… Moi je suis sur la dernière ligne droite, avec au mieux un transfert (TEV), au pire rien du tout si les 2 derniers embryons ne se réveillent pas. On s'arrêtera là après… Je ne suis plus toute jeune (22 ans 1/2 quand même 😉 ) et mon auto-immunité n'arrange rien. Mais j'essaierai quoiqu'il en soit d'etre heureuse, promis, et j'ecrirai des billets sur autre chose (la passion des chats ou l'art de collectionner les pin´s). Baisers.

  6. Quel beau texte et quelle douceur tu arrives à mettre dans ces tristes mots. Je me permets de continuer à rêver, espérer qu’un petit être bientôt viendra feuilleter cet album et s’interroger sur sa maman, son papa, sur l’avant et l’après. Tout simplement – comme cela devrait être, simple.
    Je pense bien fort à toi.
    Tendres bises estivales

    • Bienvenue par ici et merci pour ton commentaire… Du courage ? Je prends volontiers mais je t’en souhaite surtout à toi et à ta femme… Je viens de parcourir rapidement ton blog, quels mots pour décrire ce que vous endurez ? J’espère que la vie saura bientôt, sans jamais oublier, vous mettre un peu de baume au coeur et vous réensolleiller. Courage à vous deux.

  7. J’étais persuadée de t’avoir laissé un mot. Et moi qui allait te demander de tes nouvelles… Que dire. Ta plume est toujours frappante. Le fond est malheureusement encore celui de l’attente et de la peur qui prend au plus profond des tripes. La transmission c’est quelquechose… Mon souhait le plus cher est que ces pages d’album se poursuivent avec une belle suite de l’histoire familiale. J’espère fort, encore et encore. Je t’embrasse fort

  8. J’ai lu ce billet voilà plusieurs jours déjà, et depuis…le dernier paragraphe me hante…moi si attachée à l’histoire de ma famille, qui ai aimé la recevoir, et bien rien à transmettre. Le temps pourri n’aide pas à sortir de la mélancolie…
    Au plaisir de te lire encore.

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