Dernier rapport sur les miracles (l’alchimie des monstres)

20140311-122224.jpg

Autant te prévenir d’emblée, amie lectrice, ce billet sera une compilation brute et concrète de données non moins techniques et factuelles. Il devrait** être exempt du lyrisme (sic) habituel auquel mes dernières évocations auraient pu t’habituer, quant bien même je le rédige de mon jardin citadin, entre jonquilles et iris prometteurs de jours meilleurs, météorologiquement parlant du moins, sous un soleil euphorisant.

Acte I

La traversée des Pyrénées s’est bien passée en ce jour de Sainte Félicitée (Merci). La pression des pneus vérifiée et le plein d’essence assuré, nous arrivâmes sans encombres en terre catalane. A la faveur d’astres bienveillants, les blouses blanches de la Clinique de l’Etranger nous apprîrent que nos deux oursons blancs avaient pu être extraits de la banquise, sains et saufs, munis de tous leurs attributs, et même de quelques cellules en plus (7 et 8 puisque nous avons établi que ce billet serait irréprochable question compte-rendu des faits).

Dr Esmuifacil (tout est plus facile sous le soleil c’est bien connu, et surtout dès lors que l’on n’est plus sous le signe de l’Hexagone) me rassurait par la même occasion sur l’état de mon endomètre, tout simplement qualifié de magnifique, selon l’échelle de classement en vigueur outre-pyrénées (échelle en attente de validation par le Comité International Gynécologique™).

Après un passage de col difficile et douloureux dans la montée, l’écran noir et blanc sur lequel s’exposait sans complexe et à la vue des 5 personnes présentes dans l’officine (dont votre servitrice) nous permît de constater de visu et sans doute possible le dépôt parfaitement exécuté des embryons-oursons dans ma cavité utérine préférée, à savoir la mienne. J’étais désormais dotée in utero de deux petits points blancs détenteurs de mille espoirs, le tout immortalisé pour la postérité sur un cliché toujours dans les tonalites de noir et de blanc, remis en mains propres par le maître des lieux comme une promesse commune signée à l’encre de sang, le mien continuant légèrement à s’écouler de ma matrice malmenée.

Quelques 30 minutes plus tard, délestée du contenu de ma vessie (sacrée ennemie jurée en cette occasion) et des 1200 euros dû au titre du droit coutumier, nous repartîmes, Loulou et moi, pas peu fiers de cet enchaînement favorable d’évènements, en compagnie pour un temps (d’une durée non determinée à l’heure où je vous expose ces faits) par notre duo d’oursons.

Acte II

Le retour en terre occitane s’est bien passé aussi (Merci). Loulou a évité culs-de-poules et dos d’ânes vengeurs, l’applatissement contre le 33 tonnes menaçant dans la dernière courbe assassine de la Côte Vermeille, le contrôle musclé de la Police de l’Air et des Frontières (ils avaient des Kalashnikovs, ou du moins quelque chose d’approchant et d’aussi inquiétant).

J’étais officiellement détentrice de deux prémices de vie, au stade embryonnaire, unique gardienne du temple dans lequel ils devaient batifoler à souhait et goûter suffisament les lieux pour imaginer s’y installer le temps d’un bail de 23 668 200 secondes (croyez-moi ou pas, si les chiens ne font pas des chats, les secondes elles finissent par faire des mois*** ; neuf en l’occurence).

« Merveille ! »
« Prodige ! »
« Signe(s) ! »

Devrais-je penser en ce moment tant espéré et crucial. Oui, mais voilà, encore une fois, en ce 68e jour de l’année du calendrier grégorien, jour de la Saint Vital et du cerfeuil, j’ai choisi encore une fois et à l’insu de mon plein gré l’esprit de contradiction et me laissait en ce repos dominical malmenée par mes émotions. Mes oursons-bryons à peine rescapés de la banquise, voilà que je les plonge dans un blizzard vigilance rouge sang, ballotés dans une tempête dévastatrice dans laquelle tournoyaient tour à tour colère, rage et larmes. Mon volcan intérieur a choisi le bon moment pour son éruption (Merci à lui). Splendeurs et misères, grandeurs et décadences, tout se mélange façon Balzac dans ma tête de moineau et mon coeur à vau-l’eau.

La tempête dura 86 400 secondes (croyez-le ou pas mais les tempêtes, ramenées en seconde, ça fait tout de suite moins peur) selon les derniers relevés in situ. Puis le vent faiblit, la Fée Mylène d’un souffle salvateur répandit le calme sur mon territoire violenté. Mes oursons-bryons pouvaient de nouveau quitter leur abri d'(in)fortune pour s’aventurer en leur enclos, découvrir, telle Pocahontas, leur Nouveau Monde.

Faites qu’il en soit ainsi.

Le dernier rapport sur les miracles devrait intervenir dans 691 200 secondes. Un battement de cil.

D’ici là, si le ciel s’obscurcit parfois, je ne manquerai pas de vous murmurer, mes petits maskwa, dans une langue aussi ancienne que le monde,

Ta panta rei*

(et les tempêtes aussi).

* Tout coule, tout passe.
**[NDLA : vous noterez l’usage, à bon escient, du conditionnel]
*** et les pmettes, des bébés, cela va de soi.

Le titre de ce billet est le fruit d’un métissage entre Louise Erdrich et Klo Pelgag. Le dessin est de l’inspirante Stacey Rozit.

Publicités

23 thoughts on “Dernier rapport sur les miracles (l’alchimie des monstres)

    • Dans la catégorie « mammifères encombrants* » je croise aussi pour nous… et pour ton test-pipi glorieux demain… ❤
      (*par "mammifères encombrants"je veux dire tes embryacks et mes oursons-bryons, pas de nos silhouettes de rêves pré-maternité hein)

  1. Quelle aventure que ce transfert… Riche en émotions, c’est si normal… Qui resterait insensible dans ces circonstances… Je croiser les doigts très très fort pour la suite.. Bisous

  2. Pensées émues par ce joli billet, ces secondes qui s’égrènent pleines de promesses et parfois d’angoisse. Je te souhaite que les 690 000 et quelques secondes à venir soient emplies de sérénité et surtout porteuses de la plus belle des nouvelles, et que celle ci ne te quitte plus pour les millions de secondes qui suivront et bien plus encore.
    Bises et à très bientôt

  3. Oh quelle nouvelle ! Ca y est, les oursons sont au chaud.
    Que la tempête soit signe de la der des ders des tentatives rebelles, que cette tentative de rébellion soit vaincue par deux petits combattants dont tu aura signe dans 690 000 secondes, et dont je vous espère la rencontre dans 23 668 201 et 23 668 501 secondes.
    (La PAF je lui dit Paf, Dr Esmuyfacil a dit Magnifique!, et ce ***, ah ce *** !!!! Hâte de te le voir se valider !, et puis merci pour la découverte de ton univers si poétique et éclectique !)
    Bisous et ENormes Croisages !

  4. Comme d’habitude un très joli billet, et j’espère qu’il se voudra être un des plus beaux car le début d’une vie à « plus » 😉 Douces pensées et XXX intensif pour toi ma belle. ♡

    • Je fais de mon mieux pour que le mois du Dieu de la Guerre mérite sa réputation de mois hypra cool 😉 Merci pour les pensées et le triple croisage ❤ Des baisers.

  5. Sainte Félicité, c’te classe !
    Si c’est pas signe de bon augure tout ça ?!
    Pensées pour les 2 petits franco-ibériques, leur palace utérin (ouai je pense à lui aussi) et leur hôte que nous nommerons « plume qui vole au-delà des cimes » (= ton nom indien).
    Je t’embrasse

    • Ouais j’ai pas choisi le jour exprès mais je t’avoue que ce saint là du coup ça m’arrangeait bien… Bon et sinon j’adore mon nom indien (of course) vu que c’est mon délire du moment et que je suis à deux doigts de m’initier à l’art du scalp (ou à celui de l’enfilage de perles, j’sais pas encore)… Bref, merci Chavatangakwunua (ton nom à toi… certes un peu long mais choupi) ❤

  6. bonjour je tombe par hasard sur ton site et je trouve que tu écris bien. il fut un temps où j avais le temps d’écrire aussi… avant d’avoir des enfants. Et oui… bon courage

    • Merci pour ton (gentil) commentaire. Je suis ravie quand on tombe sur mon blog « par hasard » 🙂 … surtout si je suis lue depuis le pays du merveilleux Khalil Gibran !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s