Lettre à une absence

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J’aurais voulu pouvoir t’écrire, de décrire, bohémienne dans son marc de café, ce que le futur nous réservait, te parler de cette vie que l’on conjuguerait à trois, de pique-nique dans le parc les dimanches de mai, de tes premiers pas capturés sur un cliché qui un jour vieillirait, des soirs de pluie où je te consolerais, les vieilles de rentrée aux coeurs serrés, des bougies plus nombreuses sur ton fraisier préféré, de la drôle de barbe qu’arborait ton papa quand tu es
né(e).

Mais voilà, je n’y arrive pas.

J’aurai voulu t’imaginer, deviner la couleur de tes cheveux, le temps qu’il ferait dans tes yeux, anticiper l’odeur de ta peau, celle de ta chaleur dans mon cou, lire les lignes d’espoir au creux de tes mains, métoscopie du bonheur, guetter nos ressemblances, patrimoine culturel partagé à défaut d’une génétique gémellité,

Mais voilà, je ne sais pas.

J’aurai voulu te projeter, sur l’écran noir de mes nuits blanches*, image floue mais enivrante,  l’unique vedette de nos vies,  t’inventer un prénom ou peut-être deux, t’affubler de synonymes “bientôt, demain, futur”, moi en diseuse de bonne aventure, te programmer une fratrie,

Mais voilà, je ne peux pas.

J’aurai voulu être la Mère Promise, planifier l’exploration de nos contrées en terre Maternité, me munir d’une machette pour éclaircir la piste, repérer les traces laissées sur le sentier par les générations passées, te montrer le secret décor de tes racines, contourner le Temple Maudit, t’appeler Infini,

Mais voilà, ça ne vient pas.

J’aurai voulu être cartomancienne à la petite semaine, provoquer le symbolisme du coeur, mon calice et mon Graal, présager les trèfles dans les cartes mauresques, prédire le signe qu’aurait dessiné pour toi là-haut les étoiles, ta maison peut-être aussi, pronostiquer ton sexe dans un Tarot Marseillais, Dame ou Valet.

Mais voilà, mon héritage est zététique, perpétuelle condamnée à penser avec ordre et méthode, De l’Art de Douter sur ma peau tatoué.

A d’autres, la beauté des divinations, le doux miel des prophéties, moi l’Effet Barnum ne m’atteint pas.

 

  * “…moi je me fais mon cinéma” (#dédicace)
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15 thoughts on “Lettre à une absence

    • J’espère que pour la grande majorité d’entre nous ces moments bien que réels ne sont que fugaces. Chez moi c’est un état permanent ou en tout cas qui s’est accentué / imposé / aggravé avec le temps… Merci pour ton comm´ Zapette ❤

  1. Tu arrives à mettre de beaux, magnifiques écrits sur tes sentiments.
    Au fil du parcours… des années et des galères j’en suis au même point…

    • Merci Laëti ❤

      Nos parcours mettent nos réserves d'émerveillement à rude épreuve oui…

      Bon mais toi, vu que tu es une jeunette, tu n'as pas le droit d'être désenchantée (enfin, tu as le droit, mais genre une fraction de seconde hein)… Mais c'est vrai aussi qu'il est des matins où on a l'impression d'avoir de toute façon mille ans avec tous ces c**nner*es.
      A très bientôt ! Bises.

      • Je suis une jeunette… tu es gentille ! je ne suis pas très loin de toi quand même !
        Bonne journée ! Future Nougarolaine ; – ))
        Bises

  2. J’adore… Merci !! Il y a des années, j’ai écrit une lettre que j’avais intitulée « Lettre à l’absente »… Elle était dédiée à ma mère. De lire que la tienne est dédiée à cet enfant qui ne vient pas, ça me touche énormément… Et tu sais quoi, l’effet Barnum m’a atteinte ce week-end, quand je me suis amusée à me tirer les cartes… On aura notre bébé, m’ont-elles dit !! Ben ça a beau être peut-être du vent, l’espace d’un instant, la cartésienne que je suis a eu envie d’y croire… Si seulement… Bises et très heureuse de découvrir une si jolie plume. 🙂

    • Et cela devait être une très belle lettre que celle à ta maman… C’est un acte précieux…

      Alors techniquement l’Effet Barnum s’applique plus aux prévisions astrologiques, j’ai moi-même un peu élargi son périmètre dans le contexte du billet (oui, après tout, on fait ce qu’on veut, ici c’est pas l’Académie Française), mais je trouvais le nom TROP COOL pour ne pas l’utiliser (tu me dis Barnum, moi je visualise déjà le grand chapiteau, les éléphants et la barbapapa)…mais je suis sûre que tes cartes avaient raison (je suis toujours très optimiste quand il s’agit d’autrui) et c’est tout le bonheur que je te souhaite… Merci beaucoup pour ton commentaire. Bises.

      • Ben tu sais quoi, tu pourrais intégrer l’académie française, parce qu’en réalité, ça peut s’appliquer (selon wiki) à tout un tas de sciences occultes: astrologie, graphologie, horoscope, voyance, séduction, politique (LOL). C’est clair que ça évoque vraiment le monde du cirque !! M’enfin, quoiqu’il arrive, je comprends tes doutes et tes craintes et je te souhaite que très vite la vie vienne les balayer d’un revers de la main. Bises.

      • Non mais t’as vu les tenues qu’ils se fadent à l’Académie Française ?!!! No way !!! 😉

        Et tu as tout à fait raison, j’ai grave besoin d’un grand souffle de Vie là tout de suite qu’elle chasse un bon coup les nuages amoncelés au-dessus de ma frange (ça fait un moment qu’elle joue à cache-cache la vilaine… La Vie, j’entends, pas ma frange, elle pas bouger).

  3. Une fois de plus, c’est très bien écrit et tellement vrai! Tu sais vers quelle reconversion aller si jamais tu veux changer de métier… Plus que 28j et tu pourras écrire une « Lettre à une (ou deux) présence(s) », tout en écoutant les Beatles 😉

    • Coucou 🙂

      Merci <3. Je ne garantis pas être en capacité d'écrire une lettre à mes embryons (le cas échéant, je prévoirais un stock de kleenex), mais je crois pouvoir m'engager sur l'écoute d'un Beatles post-transfert voire peut-être même l'intégrale, on sait jamais (ouf, on a de la chance, imagine si c'était du Britney qui favorisait la nidation)

      Des bises,

      PS : by the way (beatles inside), je REVE juste de changer de métier en ce moment (mais je doute de pouvoir gagner ma vie en tant qu'écrivaillon)
      PS2 : t'ai envoyé un mél pour le mail aux élus

  4. Ma chère,
    Tu m’as tiré la larme en ce matin pluvieux.
    Et puis tu cites certainement l’une de mes chansons préférées… (tout comme mes parents forts inspirés pour mon prénom, j’aime beaucoup ce chanteur)…
    C’est difficile de se faire « son cinéma » (quoique les petits films romantiques c’est plus simple…) parce qu’on ne sait pas où la vie va nous emmener. Peur d’être déçues, d’y croire trop.
    Je t’embrasse

    • Le prénom… bien sûr… C’est une très belle chanson celle-ci aussi… Et un lien de plus entre Lyon et Tlse 🙂

      Et oui, on sait que ce rêve est volatile et que rien ne nous le garantit, au fil des années, notre petite flamme a un peu plus de mal à briller. Avant chaque tentative, j’arrivais à y croire un peu, pour celle-ci c’est très difficile, comme si j’avais déjà renoncé…

      Des baisers miss.

      PS : on se donne du « Ma Chère » maintenant ? 😉

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