Femme like you

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A quelques encablures de ma prochaine FIV DO, je suis de nouveau en mode bonne élève… On recadre les habitudes alimentaires, on reprend le yoga matinal, les séances d’auto-hypnose quotidiennes, rebooke son acupunctrice préférée et compulse du blog de fiveuse…

On réfléchit aussi… à comment et pourquoi à 40 ans et des poussières (c’est bon, on va pas chipoter à quelques mois – années ? – près, on nous a déjà assez dit qu’on était vieille en années PMA… Enfin, nos ovaires le sont, vieilles, mais ça revient au même au bout du compte), comment donc on en est arrivé là…

Au royaume des infertiles (côté ladies, j’entends), on a deux écoles : celles qui auraient tout bien fait comme il fallait si Dame Nature leur en avaient laissé l’opportunité, et auraient découvert les joies de la maternité tout juste trentenaires (il faut bien poser une moyenne) mais voilà Life is a bitch sometimes et leurs jolis plans ont été sauvagement piétinés… Et puis il y a les autres, les retardataires, qui déboulent un beau matin de printemps, boostée par toutes ces montées de sève et qui, le postérieur à peine posé dans le cabinet du Dr G, lui déballe tout de go leur désir aussi soudain qu’affirmé de devenir maman la 38aine bien sonnée.

J’appartiens à cette deuxième catégorie. Anticipation n’est définitivement pas mon 2ème prénom, pas plus que projection.

Inutile de vous dire que Dr G a vite fait de nous rappeler au sens des réalités et de conspuer – entre autre – toute cette presse people qui a pu nous laisser penser que « trop fastoche à 43 ans de pondre son 1er bébé ».

Ces deux dernières années en « essai bébé », comme on dit sur la blogosphère, j’ai eu le temps d’essayer de comprendre ce qui chez moi a retardé ce désir d’enfant. Ma vie était pourtant calée depuis de nombreuses années : un couple durable et stable tout comme nos emplois. Pourtant, durant plus de dix années, j’ai étė incapable d’envisager la maternité, à tel point qu’à quelques jours de mes 27 printemps (ou plutôt hivers, je suis une fille de décembre), dans une autre vie, j’ai même choisi d’interrompre cet embryon de vie qui débutait en moi. Alors que la ville se parait de mille feux pour fêter la naissance d’un divin enfant il y a deux siècles de ça, célébrer les joies des retrouvailles en famille, et que les sapins se décoraient derrière chaque fenêtre, moi j’avortais.

Incapable de m’envisager maman, je n’étais alors qu’une enfant. Mon rejet était violent, sans appel et non négociable. Responsable et coupable à la fois. Une double peine portée en bandoulière à jamais.

D’autres hivers sont passées, et les années avec. Je restais cette enfant qui répondait « un jour peut-être, quand je serai grande ».

Mon visage a perdu son ovale enfantin, le compte à rebours avait déjà commencé mais moi je l’ignorais.

Les ventres s’arrondissaient toujours plus autour de moi, sans que cela n’éveille quelque émotion en moi, étrangère à ce désir, tel une langue inconnue et indéchiffrable. Une langue ancienne, morte en moi, elle aussi, dévorée par mon enfant intérieur, affamé et indomptable, exorcisé sur un divan, séance après séance, des wagons de larmes versés pour expier cette mère-fantôme, celle dont l’absence m’avait enfermée à jamais – je le croyais alors – dans le corps d’une petite fille de cinq ans perdue dans les limbes d’une enfance éternelle, une Alice coincée dans son terrier, de l’autre côté du miroir comme une peine à perpétuité.

J’ai appris à l’adopter, à écouter sa peine et sa souffrance, à pardonner, à accepter. Elle et moi nous sommes réconciliées. Après tout, elle est mon autre.

A ses côtés, apaisée, j’ai pu enfin grandir, envisager de donner la vie à mon tour.

Mais voilà comme le lapin d’Alice, j’étais « En retard ! En retard ! En retard ! ».

Mais c’est là une autre histoire.

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